Depuis plus d’un mois le printemps s’est installé sur le plateau réveillant une nature qui ne sommeille jamais que les yeux mi-clos. Si, dans les jardins, jonquilles, narcisses et tulipes ont perdu leurs pétales, des bosquets d’iris rendent hommage à Van Gogh; des pivoines dévoilent timidement des coeurs rouges, des rosiers se couvrent de bourgeons, les lilas embaument et les glycines explosent.
A notre retour du Maroc, la nature avait pris de l’avance sur le calendrier printanier. Je suivais avec un mélange de joie et d’émotion l’évolution des grappes de notre glycine. J’étais si heureuse à l’idée de la voir s’ouvrir complètement et former un grand ciel mauve au-dessus de la terrasse. Je songeais que la glycine mettait toujours un point d’honneur à être au rendez-vous de l’anniversaire de notre fille cadette. Des points bleus apparaissaient dans les grappes les plus proches de la maison et, en deux nuits, le gel, normal en cette saison, a eu raison des trois quart des bourgeons. C’est le coeur lourd que je les ai vus s’affaisser avant de tomber. Je me console à la vue des grappes qui ont survécu au froid dont je respire tous les jours le délicieux parfum.
Depuis hier, un vent fort et froid souffle sur le plateau. Il secoue nerveusement les branches du sapin, fait pleurer la glycine et onduler l’océan céréalier. Un agriculteur a commencé à faucher son champ. Une odeur d’herbe un peu acide flotte dans l’air. Trois couples de canards ont élu domicile dans la mare qui se couvre de feuilles de nénuphars. Notre Alto qui aura bientôt sept mois aime bien les prendre en chasse et les voir s’envoler en direction de la forêt. Le hamac blanc rapporté de Guyane se balance au gré du souffle du vent. Il donne à la terrasse un petit air de grandes vacances.
La maison est calme. J’entends la chanson du vent et celle de l’aiguille de la pendule placée au-dessus de l’évier de la cuisine. Je me rappelle notre week-end de Pâques et une évasion de quatre jours à Paris, une respiration capitale. Pour Pâques, la longère jouait à plein son rôle de maison de famille. Elle accueillait une grand-mère, une mamie, ma soeur, son compagnon et Boucle d’Or. Nos filles manquaient à l’appel. Notre aînée était aux Philippines et notre cadette au Maroc. De ces trois jours, je conserve les échanges animés autour de la table de couvent, la magnifique veillée pascale et ses dix-sept baptisés, le bonheur insouciant de Charlotte sautant dans le trampoline, la chasse aux oeufs cachés par ma soeur et notre fils, la sortie en vélo avec Charlotte pour aller saluer Baba, deux juments et leurs petits, l’âne Gudule et Rosalie, la cochonne aux longs cils blancs, le film racontant la vie d’Elton John et le bouquet de tulipes jaunes apporté par notre maman.
Une semaine plus tard, je prenais place dans l’Intercité qui me conduirait à Paris en cinquante minutes. Il était presque vingt heures. Par la fenêtre, j’observais les rayons du soleil déclinant éclairer les arbres ou les toits des maisons. Un groupe de quatre jeunes bavardait en portugais et leur accent me donnait à penser qu’ils étaient brésiliens. Deux jumelles aux cheveux courts, bruns et bouclés se faisaient face. Des casques sur les oreilles, elles étaient plongées dans la lecture d’un roman. Après avoir pris le métro à Bercy, je descendais à Château-Rouge et remontais la rue Custine. En dépit de l’heure tardive, des coiffeuses continuaient de s’affairer au-dessus de chevelures crépues lissées sévèrement ou tressées à grand renfort de coups de peigne. Les vitrines de la librairie Le pied à terre étaient toujours éclairées et des gens tenaient un verre à la main. Sans doute avaient-ils été conviés à une rencontre avec une autrice ou un auteur. Plus tard, ma soeur me parlerait de son amie, Ingrid Glowacki et de la manière dont elle avait eu l’idée de puiser dans son passé de notaire pour donner vie à l’héroïne d’un roman policier.
Heureuse de retrouver ma soeur, sa petite fille qui aura bientôt neuf ans et Miyu, la soeur de notre chat Cookie. Pendant quatre jours, je suis ravie d’emmener ma petite nièce à l’école. Dès que nous sommes dans la rue, je sens sa petite main venir se blottir au creux de la mienne. Cette marque de confiance et de tendresse me touche toujours beaucoup. Ma soeur vit dans un périmètre délimité par les métros Jules Joffrin, Château Rouge et Lamarck-Caulaincourt. Les escaliers sont nombreux. Avec Charlotte, nous nous amusons à les monter en courant. Je la conduis jusqu’à la porte de l’école devant laquelle le directeur salue les enfants et celles ou ceux qui les accompagnent. Ensuite, je rejoins ma soeur dans l’un ou l’autre des cafés où elle a ses habitudes depuis dix ans: le Caboulot, la Halte ou encore le Royal Custine. Au Caboulot, ma soeur retrouve un groupe de retraités habitués des lieux et aussi de nombreux parents de camarades de Charlotte. Ce quartier a su conserver son esprit de village. Les habitants sont agréables, simples et ouverts. Je renoue avec l’ambiance que j’ai connue quand j’habitais la rue Bréa, dans le sixième arrondissement, à une époque ou le quartier avait encore un côté vraiment artiste. La rue Bréa de mes souvenirs d’étudiante n’existe plus et les gens très fortunés qui y vivent sont souvent mal élevés et prétentieux.
A midi, nous retrouvons Céleste devant le musée des arts décoratifs. Nous évoluons au gré des dix-sept espaces qui composent l’exposition retraçant les cent ans de l’art déco. Dans les années 1910, l’art nouveau cède sa place à l’art déco qui sera officiellement consacré à l’occasion de l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris en avril 1925. Je me rappelle que le couturier Jean Poiret, touche à tout génial, avait, pour cette grande exposition, loué trois péniches amarrés entre le pont des Invalides et le pont Alexandre III. Elles offraient une synthèse de ses créations. La péniche Amours, couverte d’œillets bleus, présentait une suite d’appartements décorés par les ateliers Martine, école de décoration créée par Poiret d’après le nom de sa fille. La péniche Délices, aux anémones rouges, unissait les sens du goût avec un restaurant -Poiret était un gourmet professionnel- et de l’odorat, avec l’autre création des parfums Rosine. Entre les deux, la péniche Orgues, blanche et or, servait d’écrin aux collections couture de Paul Poiret, dans un décor de 14 tentures réalisées par Raoul Dufy sur le thème de la vie moderne. Malheureusement, le public ne fut pas au rendez-vous et tout l’argent investi entraina la ruine du couturier.
L’exposition est très dense et me permet de découvrir l’existence de la fille de René Lalique, Suzanne, illustratrice, décoratrice d’intérieur, artiste-peintre et créatrice de costumes et décors pour la Comédie-Française. Son père l’a toujours incité à exprimer sa sensibilité artistique. Après son mariage avec Paul Burty Haviland, elle imaginera des services de table pour la maison Haviland. René Lalique et sa fille ont mis leur talent au service de la décoration intérieur des salons des premières classes du paquebot Paris et pour le train Côte d’Azur Pullman Express.
L’exposition s’achève, dans la nef, par la visite d’une cabine de l’ancien train Étoile du Nord ainsi que trois maquettes du futur Orient Express. En effet, en 2027, la marque Orient Express permettra à des voyageurs de renouer avec le faste et les fantasmes liés au plus légendaire des trains. C’est l’architecte Maxime d’Angeac, connaisseur passionné de l’Art déco, qui a été choisi pour concevoir le nouveau train long de 350 mètres. Il s’est entouré d’artistes et d’artisans issus de trente corps de métiers différents pour relever le défi.
Un déjeuner à une terrasse ensoleillée non loin de la Comédie Française avec ma soeur et Céleste. Ma soeur part travailler. Céleste et moi allons retrouver Victoire du côté de Châtelet. Elle arrive du Maroc avec son sac à dos de baroudeuse dont les poches latérales laissent deviner un flacon de lait démaquillant, des cotons, un tube de crème solaire ou bien encore une paire de chaussettes. Elle est rayonnante. Elle s’épanouit pleinement dans sa vie d’étudiante. Le soir venu, Charlotte est enchantée d’avoir à nouveau ses deux cousines dont elle est très proche. Un dîner joyeux et une tarte aux framboises que ma soeur a eu la gentillesse d’aller acheter chez un pâtissier. Victoire qui a eu 21 ans hier souffle ses bougies pour la deuxième fois. Elle recommencera encore une fois avec Léa, née le même jour qu’elle, et leur groupe d’amis constitué entre l’école maternelle et le lycée et une ultime fois à la maison en présence de son frère et de son papa.
Le lendemain, un peu avant 11 heures, les filles me rejoignent devant le musée d’Orsay. Nous attendons leur grand-mère. Le temps passe et nous ne la voyons pas arriver. Comme elle a pour habitude d’être toujours en avance, je commence à m’inquiéter. Son téléphone portable ayant rendu l’âme, nous ne pouvons pas la joindre. Tout à coup, elle surgit à notre gauche. Depuis le début des travaux, l’entrée avec des billets d’entrée horodaté ne se fait plus rue de Lille mais quai Valéry Giscard d’Estaing où une grand-mère six gallons patientait sagement. C’est précisé en énorme sur les billets mais je ne l’avais pas vu. Trop de monde dans le musée: les Français en vacances auxquels s’ajoutent des touristes venus du monde entier. Nous nous frayons difficilement un passage dans les salles des expositions mettant en lumière les dessins de Renoir et donnant à découvrir le peintre impressionniste, le « peintre du bonheur », sous un nouveau jour. La lumière qui émane de certaines toiles est très belle. C’est le cas notamment sur le tableau venu de Washington et intitulé Le déjeuner des canotiers. La lumière vient de la nappe blanche qui recouvre la table et éclaire la vaisselle et les visages des protagonistes.
Je reste un long moment devant une toile intitulée Enfant au chat. Elle représente Julie, la fille de Berthe Morisot et d’Eugène Manet, frère d’Edouard. Elle a été peinte en 1887. Julie tient son chat sur ses genoux. Le chat semble si heureux qu’on pourrait l’entendre ronronner. La petite fille a un regard clair très doux. Elle sourit légèrement à celui qui l’immortalise dans sa neuvième année. Les filles n’ont pas été très sensibles à l’oeuvre de Renoir et ont traversé les salles au pas de charge.
C’est difficilement que nous réussissons à trouver au cinquième étage la toute petite salle qui abrite une exposition intitulée Lumière du Nord. En tout, douze oeuvres réalisées par des peintres scandinaves et néerlandais. Nous sommes unanimes pour saluer le travail de Carl Larsson qui a représenté une jeune femme lisant étendue sur un banc en bois avec un chien sur les jambes et un chat sur la poitrine. On perçoit un profond sentiment de sérénité chez ces trois sujets, un bien-être entier qui est communiqué à celui qui prend le temps de contempler la scène.
Un déjeuner dans un restaurant italien et une promenade jusqu’à Odéon en passant par le Bon Marché. Notre maman est heureuse de remonter le boulevard Saint Germain et de revisiter ses souvenirs d’étudiante à Sciences Po et à la Sorbonne. Ces moments sont précieux. Au Bon Marché, beaucoup de très jolies choses mais à des prix inaccessibles! Elle nous quitte au métro Saint Placide. A Odéon, les filles passent un long moment dans une boutique dédiée aux produits cosmétiques bio qu’on peut fabriquer soi-même.
Le temps de changer de rive et nous voici attablées Chez Rita, le café-restaurant que Céleste affectionne particulièrement. A la sortie du métro Lamarck-Caulaincourt un monsieur d’origine sans doute indienne portant une barbe blanche taillée avec soin vend des branches de lilas mauve et des petits bouquets de muguet. Nous sommes rejointes par ma soeur, Charlotte qui sort de son cours de GRS, Valentin qui étudie à Angoulême depuis bientôt trois ans, Thomas qui arrive de Montparnasse où il effectue un stage de six mois et Julia qui a fait la connaissance de Céleste quand toutes deux étaient en prépa. Premiers verres de rosé de Provence de l’année. Ambiance légère. Après le dîner, Valentin passe beaucoup de temps à changer les cordes de la guitare de Céleste que ma soeur utilise dans sa pièce de théâtre « Fly me to the moon ». Nous bavardons tandis qu’il joue des airs de sa composition d’inspiration brésilienne. Notre neveu est un artiste accompli!
Jeudi, toujours ce grand ciel clair au-dessus des toits de Paris et ce beau soleil qui viendra effacer la fraîcheur du matin. Rendez-vous avec les filles au Jeu de Paume pour découvrir le travail du photographe britannique Martin Parr décédé en décembre de l’année dernière. En avance, j’en profite pour marcher entre les allées du jardin des Tuileries, plus ancien et plus vaste jardin de Paris. Je me rappelle combien le trio était heureux de se promener à dos d’âne, de rêver dans le manège ou de sauter sur la toile des trampolines. A cette heure, les chaises sont vides mais leur disposition raconte ce qu’elles ont vécu la veille: deux chaises se font face, d’autres sont installées côte à côte, certaines forment une ronde. A l’ombre des ormes, je m’arrête pour regarder une corneille. Elle se tient debout sur le bord métallique d’une poubelle. Avec adresse, elle défait le noeud qui ferme le sac quand elle aurait pu le trouer. Elle en sort un papier blanc tout chiffonné ayant contenu des viennoiseries. Elle le pose sur le sol, le déplie et en fait tomber des miettes. Ces oiseaux sont parmi les plus intelligents.
Les filles s’insèrent avec moi dans la file d’attente. Le musée n’est pas encore ouvert mais les amoureux de la photographie sont déjà nombreux. Martin Parr a eu le temps, avant sa mort, de régler tous les détails de cette rétrospective avec le commissaire de l’exposition. Celle-ci s’ouvre sur la photo d’une femme âgée s’offrant aux rayons d’un soleil cannois. Sa peau est aussi bronzée que ridée. Elle porte de larges lunettes dont la monture blanche est incrustée de pierres dorées, de grosses boucles d’oreille. Ses cheveux blancs reposent sur une serviette orange. Cette femme me fait penser à Méduse qui aurait, avec les lunettes, trouvé le moyen de contrer les rayons du soleil réfléchis par le bouclier de Persée. Le ton est donné: l’humour est de mise et si le regard de Martin Parr vise à documenter l’époque qui est la sienne, il ne veut pas porter de jugement. Il ne donne pas de leçon. Il pointe avec un mélange d’ironie et d’empathie les dérives de la consommation de masse, du sur-tourisme. Il utilise des couleurs qui rappellent celles des appareils Kodak.
Marche jusqu’à Saint Lazare où Céleste fait arranger sa paire de lunettes. Un déjeuner chez Paul dans une ambiance calme tranchant avec le brouhaha de la brasserie italienne de la rue de Lille, hier. Le bus 80 nous dépose en face de la cathédrale de la Sainte-Trinité reconnaissable à ses cinq clochers à bulbe recouverts d’or mat. Nous longeons le quai Jacques Chirac jusqu’au musée du quai Branly, l’un des musées que j’aime le plus à Paris. C’est au début de mes recherches en thèse que j’ai découvert un des nombreux visages de l’anthropologie avec Marcel Mauss, Maurice Godelier, Françoise Héritier ou bien encore David Le Breton. Ma soeur et son fils se joignent à nous pour aller découvrir l’exposition Africa Fashion dont l’objectif est de montrer comment les créateurs puisent dans les savoir-faire traditionnels pour concevoir des collections modernes tournées vers l’avenir. L’exposition vient rappeler que 1960 fut l’année durant laquelle dix-sept pays accédèrent à leur indépendance. L’exposition n’a pas la prétention de présenter la mode des 54 pays qui forment l’Afrique mais de permettre aux visiteurs de découvrir la richesse de créateurs qui ne sont pas forcément connus du grand public.
De très belles photos de Samuel Fosso, Felicien Rodriguez, James Barnor, Sory Sanlé, Abbas Habib Alla, Paul Kodjo et Rashid Mahdi , issues de la collection photographique du musée du quai Branly – Jacques Chirac ou prêtées par des particuliers documentent les habitudes vestimentaires et l’importance de la mode comme outil d’expression de soi.
Vendredi, toujours ce ciel lumineux au-dessus de Paris. Un café avec ma soeur à une terrasse ensoleillée après avoir déposé Charlotte à l’école et les filles et moi partons admirer les clichés en noir et blanc de Sebastiāo Salgado à l’Hôtel de Ville. Je connais bien le travail de ce très grand photographe contraint de fuir son pays au moment de la dictature car il militait au sein des jeunesses communistes. Economiste de formation, Salgado intègre rapidement de grandes agences de photographies. Pendant cinquante ans, inlassablement, Salgado a posé son regard d’humaniste sur le travail dans les mines d’or du Brésil, la vie des Indiens d’Amazonie, les populations frappées par la famine en Afrique sahélienne, les rescapés du génocide au Rwanda, les grands espaces menacés, les pompiers canadiens luttant pour éteindre les feux dans les gisements de pétrole au Koweit.
Le sel de la terre, documentaire sorti en 2014, réalisé par Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado, rend hommage au travail de Sebastiāo Salgado. C’est un film à la fois magnifique, éprouvant et bouleversant qui permet de comprendre la personnalité du photographe et ce qui l’animait. En voici la bande-annonce:
Marche jusqu’au jardin des Plantes où Julia nous rejoint pour un pique-nique sur un banc. Nous regardons passer des petits enfants de maternelle marchant en file indienne, se tenant par la main et heureux, avec leurs chaussures, de soulever la poussière de l’allée. Ils ont vraiment toute la vie devant eux et, à ce moment précis, ce qui les réjouit, ce sont ces nuages de poussière. Une institutrice leur demande d’arrêter. Les filles s’amusent à observer et à commenter la course et l’allure générale de celles et de ceux qui courent: course légère, course pesante, pieds bondissants, pieds trainants, dos droit, dos courbé, bras animés, bras ballants, visages paisibles, visages marqués, respiration posée, respiration saccadée.
Les filles ont envie d’aller se promener dans la Ménagerie, l’un des plus anciens zoos au monde, fondé en 1794 à l’initiative de Bernardin de Saint-Pierre. Nous l’ignorions mais depuis quelques jours, les orangs-outans ont enfin un espace extérieur avec nids suspendus, plus de 300 mètres de cordage, des agrès de différentes essences, une cinquantaine d’espèces végétales différentes et des bassins à débordement. Quand nous arrivons devant le nouvel espace, quelques habitués n’en ont que pour l’icône de la Ménagerie, la doyenne des lieux qui a eu droit à un documentaire et a un album jeunesse: Nénette. Des visiteurs lui parlent, lui demandent si elle est heureuse dans ce nouveau lieu. Ils échangent aussi entre eux autour d’elle et de ses enfants et petits-enfants. Nénette est née à la fin des années 60 sur l’île de Bornéo. Sa mère a certainement été tuée par des braconniers qui voulaient lui ravir son bébé. Elle est arrivée à Paris en 1972. Elle a eu trois « maris », quatre fils, deux petites-filles et deux arrière-petits-enfants vivant aujourd’hui en Espagne ou aux Pays-Bas.
Un comité réclamait que Nénette soit rendue à son environnement naturel mais, après toutes ces années dans un zoo, c’est impossible. Elle ne parviendrait pas à se réadapter à la vie sauvage. On ne peut pas savoir ce qui se passe dans sa tête mais, quand je la regarde observer les gens qui viennent la voir, je me dis qu’elle aime ces interactions.
Nous reprenons le métro. Les filles continuent sur la ligne 7. Julia et moi avons un changement à Châtelet. A Montmartre, les terrasses sont prises d’assaut. J’embrasse ma soeur qui s’en va chercher sa petite fille à l’école et je repars en sens inverse tirant ma petite valise rouge. Une heure plus loin, Victoire et moi sommes assises à côté l’une de l’autre dans le sens de la marche à bord d’un Intercité. En face de nous, un jeune homme a posé sur la tablette son ordinateur portable et un roman Si je dois te trahir de l’autrice roumaine Ruta Sepetys.
Une semaine s’est écoulée depuis le retour sur le plateau. Victoire a pu fêter une nouvelle fois son anniversaire avec ses amis et avec nous. Elle a rejoint le Maroc mardi et à l’heure où je vais mettre un point final à ma très longue chronique, elle marche avec un groupe d’amis dans le Haut-Atlas. Demain, ils auront atteint le mont Toubkal à 4167 mètres d’altitude, le plus haut sommet d’Afrique du Nord.
Maintenant que les pétales de la glycine commencent à tomber, de délicates petites feuilles d’un vert tendre apparaissent. Le chat dort en boule au pied du mirabellier vieillissant. Alto repose contre la porte de la cuisine. Dans les champs, les coquelicots sont de retour.
Belle fin de semaine ensoleillée!
Anne-Lorraine Guillou-Brunner
